Discours de Dakar : l'Afrique répond à Sarkozy
Le 27 juillet 2007, dans le cadre de sa première tournée officielle sur le continent, Nicolas Sarkozy prononçait le désormais fameux Discours de Dakar, dans l'enceinte même de l'Université Cheikh Anta Diop.
Comme le souligne très justement Habib Demba Fall dans le Soleil ce "discours qui se voulait amical (se révéla) au final une grossière tentative de maquiller publiquement en œuvre de bienfaisance les crimes de ses ancêtres".
Très froidement accueilli par l'auditoire (aucun applaudissement ne venant le ponctuer, fait suffisament rare pour être souligné), le discours du Président français - que certains n'hésitent pas à qualifier de "révisionniste" - ne manqua pas de susciter des commentaires virulents, aussi bien de la part d'intellectuels africains qu'européens, Bernard-Henri Lévy allant même jusqu'à traiter publiquement Henri Guaino - plume et conseiller spécial de Nicolas Sarkozy - de "raciste", ce dernier répliquant d'un "BHL est un petit con prétentieux" ! Jean-François Bayart, auteur de l'incontournable "L'Etat en Afrique - La politique du ventre", y allait quant à lui d'une tribune malicieusement intitulée "Y'a pas rupture patron !".
Passé le temps de l"émotion vient le temps de l'analyse et de la réponse argumentée. C'est ainsi que sort le 21 février aux Editions Philippe Rey "l'Afrique répond à Sarkozy", un ouvrage collectif réalisé sous la direction de Makhily Gassama, ancien ministre de la Culture du Sénégal et qui réunit 24 signatures prestigieuses parmi lesquelles Boubacar Boris Diop, Souleymane Bachir Diagne, Djibril Tamsir Niane ou encore Théophile Obenga.
Voici ce qu'en dit l'éditeur :
Le 26 juillet 2007 à Dakar, lors de sa première visite en Afrique subsaharienne, Nicolas Sarkozy a prononcé son discours fondateur de la nouvelle politique africaine de la France. Le ton se voulait amical, un salut fraternel adressé aux jeunes d’Afrique. Mais derrière les paroles lénifiantes sur « l’âme de l’Afrique » ou la « Renaissance africaine » qu’il appelait de ses vœux, le président français a tenu des propos qui ont profondément blessé les Africains. Il y a eu, bien sûr, le désormais légendaire « paysan africain », selon Sarkozy, qui « ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles »… Mais aussi, comme certains l’ont noté, dans le ton parfois conciliant du discours, une manière sournoise de réévaluer l’œuvre de la colonisation : « [Le colonisateur] a pris, mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. » Aucun signe de repentance qui aurait libéré le dialogue… Par contre le ton, à la fois paternaliste et arrogant, avait surpris et irrité...
Passé ce moment d’exaspération, un groupe d’intellectuels africains ont décidé de donner la réplique en attirant l’attention sur les vrais enjeux, sur les questions essentielles qui interpellent le vieux continent... Quelle est la responsabilité réelle des Africains dans les souffrances intolérables qu’endurent les populations (violences génocidaires, guerres fratricides, dictatures, gaspillage et pillages des ressources, persistance du pacte colonial, etc.) ? Quelle place pour l’Afrique dans la mondialisation ? Comment lutter contre la collusion de l’État français avec les dictateurs du continent ? Comment mettre un terme aux affreuses manipulations des Indépendances par la classe politique française? Comment combattre le révisionnisme sournois qui réécrit l’histoire de la Traite négrière et de la colonisation ? Pourquoi des arguments racistes peuvent-ils être développés en terre africaine par le chef d’État d’une puissance moderne, d’un pays colonisateur de surcroît ? Quels effets de tels propos peuvent-ils avoir sur la jeunesse africaine en risquant de l’enfermer dans des clichés éculés ?
Nous reviendrons bien évidemment sur le contenu de ce livre dès que nous en aurons pris connaissance ainsi que sur les réactions qu'il provoquera certainement à son tour dans la blogosphère africaine.




merci à toipour cette image ;)
Rédigé par: nicolas Sarkozy | 05 mars 2008 at 10:49
Messieurs, Mesdames,
Si j'avais à donner une réponse à Sarkozy contre son discours à Dakar, ce serait dans ma langue maternelle que lui écrirais le livre avec sa traduction dans la langue de Molière.
En réalité le discours de Sarkozy s'adresse très particulièrement aux Subsahariens qui assurent l'éducation de leurs peuples en français, en anglais et en portugais et aussi à ceux qui vivent dans les dépendances religieuse et économique.
Ainsi, à tous les Subsahariens qui ont participé à la rédaction du fameux livre, je leur envoie ce texte miroir: LA HONTE. Bonne lecture.
Diplômés des grandes écoles et universités, polyglottes mais sans savoir écrire ni lire nos langues ni y réfléchir, signe d’insensibilité à la honte et à l’honneur et de celui d’un haut niveau de mimétisme primaire;
Chantant nos hymnes nationaux dans des langues étrangères sur tous les podiums, inconscients qu’aucun peuple ne s’est développé avec une langue étrangère ni avec le zèle à faire la promotion de la culture de ses dompteurs, et que la colonisation de l’esprit est un frein au développement et à l’anéantissement de l’identité culturelle;
Christianisés ou islamisés, - magot humain toujours partageable -, déniant et dénigrant nos propres croyances afin de paraître civilisés aux yeux de nos maîtres qui, eux, savent qu’ «On domine d’autant mieux que le dominé reste inconscient. Les colonisés et leurs oppresseurs savent que la relation de domination n’est pas seulement fondée sur la suprématie de la force. Passé le temps de la conquête, sonne l’heure du contrôle des esprits. C’est pourquoi, sur le long terme, pour tout empire désirant durer, le grand enjeu consiste à domestiquer les âmes»;
NOUS, Subsahariens, sans l’estime de nous-mêmes, sans vision d’avenir; violant nos institutions, prenant le mensonge pour une vertu, experts dans le gaspillage et dans la corruption – plus de quatre décennies d’indépendance, et rien de concret -, échouant là tous les autres réussissent malgré nos ressources naturelles,
SOMMES À L'AGONIE
Péter les bretelles et se présenter comme chefs d’État, généraux d’armée, docteurs, professeurs, ingénieurs, écrivains, étudiants…ne nous confèrent aucune crédibilité. Dans la mémoire collective du reste du monde, nous sommes des assistés sociaux internationaux qu’il faut aider sur tous les plans parce que dans notre conscience et subconscience d’aliénés nous avons l’appétence des aides extérieures : économique, religieuse et linguistique.
Si nous voulions sortir de cette situation misérable et ordurière qui nous relègue au rang de sous-hommes et d’avortons de l’humanité, nous devrions élaborer des programmes de changements radicaux : faire notre éducation scolaire dans nos langues, avoir l’estime de nous-mêmes en mettant en exergue nos propres croyances et élaborer avec rigueur, intégrité des modèles de développement en tenant compte de notre identité culturelle dépouillée des plâtras étouffants des religions importées pour lesquelles nous dépensons des sommes énormes.
Rédigé par: Afanto Bokono | 01 avril 2008 at 00:34